LA BIBLE DES PAUVRES
À
GARGILESSE
© Jean FAUCHEUX, 2020
Lors de l’étude des peintures murales de la crypte de l’église Notre-
La Bible des pauvres (Biblia pauperum) est une bible en images, nous pourrions presque
dire une bande dessinée, qui raconte la vie du Christ selon le système, cher au Moyen
Âge, de l’accord des deux Testaments. Ce livre raconte la vie de Jésus-
Page de la Résurrection du Christ, tirée d’un exemplaire de la Bible des pauvres conservé à la BNF (source : Wikipedia)
A gauche, est rappelée l’histoire de Samson qui pour se libérer de sa captivité, emporte les portes de Gaza comme Jésus a soulevé la pierre de son tombeau.
A droite Jonas, sort du ventre de la baleine, comme Jésus est sorti de son tombeau au matin de Pâques.
En haut et en bas, sous des arcatures, des rois et des prophètes
L’exemplaire de la Bible des pauvres dont s’est servi le peintre qui a travaillé
à Gargilesse devait être très proche d’un exemplaire actuellement conservé à la Bibliothèque
Nationale de France. Celui-
Ce type de Bible des pauvres est constitué de 40 dessins suivant un plan intangible. Au centre, la scène de la vie du Christ que l’auteur souhaite présenter. De part et d’autre de ce tableau central, deux tableaux dont les scènes tirées de l’Ancien Testament, sont la préfiguration ou viennent expliquer la scène principale. Ainsi, sur cette page, le tableau central, représente la Résurrection du Christ. De part et d’autre, les auteurs de la Bible des pauvres ont choisi des scènes préfigurant à leurs yeux la Résurrection : Samson emportant les portes de Gaza et Jonas, sortant du ventre d’une baleine.
Dès les débuts du christianisme, les Pères de l’église insistèrent beaucoup sur l’accord de l’Ancien et du Nouveau Testament. Saint Augustin énonce parfaitement ce principe : « Novum testamentum in vetere latet, vetus in novo patet : « Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, l'Ancien est révélé dans le Nouveau ». C’est ce principe typologique qu’illustre parfaitement la Bible des pauvres.
Pour compléter ces tableaux, sur chaque page, les auteurs ont représenté en haut et en bas du tableau, quatre rois ou prophètes sous des arcatures. Près de chacun d’eux, des textes tirés de la Bible qui viennent apporter plus d’explications. Ainsi, sur cette page, en haut à gauche, nous reconnaissons David, en bas, Osée et Sophonie.
La Bible des pauvres à Gargilesse
N° 5-
À l’origine, ce grand tableau peint sur le mur ouest du pignon de la crypte, pouvait être considéré comme la pièce maîtresse de l’ensemble iconographique du transept. Très endommagé par l’humidité, pour tenter de le sauver partiellement en laissant respirer le mur, le choix a été fait de découper et ôter de la paroi de larges bandes verticales en essayant de sauver l’essentiel.
Au centre du tableau, est représentée la Crucifixion. Près de la croix, mais à mi-
La grande particularité de cette Crucifixion, c’est de voir représenté, en haut à gauche, le Sacrifice d’Abraham. Un examen attentif permet de découvrir que l’artiste a repris la composition de la page de la Crucifixion sur la Bible des pauvres, avec la Crucifixion au centre du tableau, le Sacrifice d’Abraham à gauche et sans doute, ce dernier étant maintenant complètement effacé, le Serpent d’Airain à droite.
N° 1 -
À gauche du tableau représentant la Crucifixion, sur le pilier engagé, était peinte autrefois la scène de la Nativité. Cette peinture est aujourd’hui très endommagée. Nous pouvons néanmoins remarquer que l’artiste, pour composer son tableau, a copié la Bible des pauvres. Au centre, sous un petit appentis, est représentée la crèche. L’artiste a repris le cadre général de la Bible des pauvres, mais a actualisé la scène. À gauche, l’on distingue quelques moutons : tout porte à croire qu’il s’agit des moutons de la crèche. En fait, il n’en est rien ! Cette scène, imitée de la Bible des pauvres, représente Moïse devant le Buisson Ardent.

Sous un petit appentis, nous distinguons à gauche la Vierge Marie, la tête penchée
vers le berceau où se trouve l’Enfant Jésus. Elle a le visage serein et semble méditer.
Le berceau est très haut, placé à la manière des crèches du Moyen Âge. Jésus, allongé
dans la crèche, la tête juste au-
Sur la gauche, nous distinguons des moutons. Jusqu’à notre découverte, il était couramment
admis d’y voir les moutons des bergers. Or, il n’en est rien. Nous savons aujourd’hui
qu’il s’agit de la représentation de Moïse devant le Buisson Ardent d’après la Bible
des Pauvres.
D’après la Bible, Moïse, assis dans l’herbe gardant le troupeau de son
beau-
Le plan de la fresque de la Nativité à Gargilesse reprend presque exactement le plan de la page de la Nativité sur la Bible des Pauvres. Au centre, nous avons la Nativité. (A Gargilesse, l’artiste a respecté le cadre général mais sans en respecter les détails.)
A gauche, Moïse au milieu de son troupeau. Pour cette scène, l’artiste a respecté très scrupuleusement le plan général, mais aussi les détails. Nous voyons encore le pied de Moïse déchaussé comme le dit le texte de la Bible.
À droite, devait être représentée la scène du bâton fleuri d’Aaron, autre scène présentée comme préfigurant la Nativité. De cette peinture, il ne reste rien aujourd’hui.
En haut et en bas du tableau, les portraits de deux prophètes, tenant des phylactères en rapport avec la scène de la Nativité. A Gargilesse, les prophètes du haut sont effacés. Par contre en bas, nous distinguons encore très nettement Isaïe à gauche.
Sur le phylactère se trouvant tout en haut à droite (très haut sur la voûte, près
de l’ange jouant de la cornemuse), nous pouvons encore lire ces quelques mots en
latin : … datus est nobis. Le texte d’origine était la prophétie d’Isaïe (Isaïe 9
; 6) : « PARVULUS ENIM NATUS EST NOBIS ET FILIUS DATUS EST NOBIS » qui peut se traduire
par : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Dans la banderole
au-
Ci-
Nous retrouvons le même plan d’ensemble, mais, à gauche, le « bâton fleuri d’Aaron » a été remplacé par « Aaron recevant l’encensoir. »
N° 2 -
Sur le second pilier, la scène était aussi imitée de la Bible des pauvres, car non reconnaissons en haut et en bas de la fresque, les portraits des prophètes sous des arcatures. Malheureusement, cette fresque est en trop mauvais état pour permettre de l’identifier.

N° 3 -
Il ne fait pas de doute que cette peinture est une imitation de la Bible des pauvres. Même composition générale du tableau, présence en haut et en bas des représentations des prophètes avec les textes dans des phylactères et des banderoles.
Ont disparu avec le temps, les deux « préfigures » tirées de l’Ancien Testament et qui devaient être peintes à droite et à gauche du tableau : « Le premier né racheté selon la Loi » et « Anne présentant à Élie son fils Samuel ».

La Présentation au temple
Deux autres scènes peintes sur les autres colonnes engagées du transept complétaient
cet ensemble iconographique. Dans la tradition juive, les parents étaient tenus de
présenter au temple, à l’âge d’un mois, leur enfant premier né de sexe masculin.
Cette scène de la Présentation au temple, peinte sur la colonne nord du transept,
représente Marie présentant l’enfant Jésus au vieillard Siméon qui le regarde, une
main posée sur le berceau. Deux autres personnages étaient représentés : l’un entre
l’enfant Jésus et Marie, peut-
Au-


Fresques imitant la Bible des pauvres à Gargilesse
À Gargilesse, cinq tableaux sont imités de la Bible des pauvres, mais trois tableaux seulement sont identifiables.
N° 1 -
N° 2 -
N° 3 -
N° 4 -
N° 5 -
Les peintures de Gargilesse semblent imitées d’un exemplaire comparable à celui déposé
à la BNF, mais peut-
Chaque planche contient trois scènes juxtaposées : celle du milieu, tirée des Évangiles
ou des Actes des apôtres, et les deux autres, de part et d’autre, tirées de l’Ancien
Testament. Quatre rois ou prophètes, en buste, sont représentés sous des arcatures
aveugles : deux au-
D’après les blasons des donateurs, les peintures murales de la crypte de Gargilesse
imitées de la Bible des pauvres semblent pouvoir être datées de la fin du XVe siècle
(voir notre ouvrage : La crypte de l’église Notre-
LA BIBLE DES PAUVRES
Le plus ancien manuscrit connu de la Bible des pauvres est celui du monastère de
Saint-
À l’origine, les Bibles des pauvres sont des manuscrits enluminés, peints à la main sur parchemin. À partir du XVe siècle, parurent les premières éditions xylographiques, puis, à partir de 1462, les premières impressions avec des caractères d’imprimerie. Tant que la Bible des pauvres resta sous la forme d’un manuscrit, sa diffusion fut très réduite et son influence sur l’art religieux très limitée. Elle ne devint populaire que le jour où l’impression xylographique permit d’en multiplier les exemplaires et la diffusion vers les grandes abbayes.
Les œuvres imitées de la Bible des pauvres sont aujourd’hui très rares, ce qui rend
d’autant plus intéressante leur découverte à Gargilesse. Les plus connues sont les
vitraux typologiques de la cathédrale de Lyon, de la cathédrale de Chartres, de la
Sainte-
À la Sainte-
La tapisserie de la Chaise-
Page tirée d’un exemplaire d’une Bible des Pauvres
La Présentation au temple
La crucifixion à Gargilesse
Au centre, le Christ en croix qui devait être entouré au pied de la croix de la Vierge
Marie, Sainte Marie-
A droite de la croix, une femme. Elle porte sur son bustier une étoile de gueules
à huit branches, blason de la famille de Châteauneuf présent à Gargilesse entre 1426-
Au-
Au bas, à gauche, une procession s’avance vers la croix. : le premier personnage
est un moine, le second personnage un évêque ou un abbé, le troisième personnage
est effacé. Le quatrième personnage porte un objet sur l’épaule, peut-
En haut à gauche, Abraham qui brandit son épée pour sacrifier Isaac.
La découverte de ce programme iconographique basé sur la Bible des pauvres apporte aux peintures murales de la crypte de Gargilesse un intérêt considérable. Espérons que des travaux de restauration pourront être rapidement entrepris pour la sauvegarde de ce trésor de notre patrimoine régional.
N° 4 -
Sur le 4e pilier, une autre scène imitée à l’origine de la Bible des pauvres devait être peinte. Nous distinguons encore le plan général de la Bible des pauvres avec les prophètes en haut et en bas dans des médaillons. Nous pensons que ces fresques, à une époque indéterminée, ont été grattées puis repeintes.



D’après nos recherches, le personnage encore reconnaissable au-
Site de Jean Faucheux – Contact : jb.faucheux@orange.fr -
Le baptême du Christ
Tapisserie de la Chaise-
La Crucifixion à la Chaise-
Gargilesse